Stratégie patrimoniale

    Taxe sur les holdings patrimoniales : qui est concerné par la taxe de 20 % et comment s'y préparer avant le 31 décembre 2026

    9 octobre 2026 10 min de lecture JW Partners
    Schéma d'une holding patrimoniale et des actifs taxés à 20 % : logement, véhicule, yacht et cave
    La taxe vise une liste fermée d'actifs détenus par la holding, pas ses titres ni sa trésorerie.
    Par Warren Haziza, expert-comptablePublié le 9 octobre 2026

    En bref

    La loi de finances pour 2026 crée une taxe de 20 % (article 235 ter C du CGI) sur certains actifs détenus par les holdings patrimoniales à l'IS : logement occupé par l'associé gratuitement ou à prix réduit, voiture personnelle, bateau, avion, bijoux, chevaux, vins. Elle ne s'applique que si la société a au moins 5 M€ d'actifs, est contrôlée à 50 % par une personne physique et sa famille, et tire plus de la moitié de ses produits de revenus passifs. Première échéance : exercices clos au 31 décembre 2026.

    20 %
    Taux appliqué à la valeur vénale des actifs non affectés à une activité opérationnelle
    5 M€
    Seuil de valeur totale des actifs de la société, apprécié à la clôture
    31/12/2026
    Premier exercice concerné, paiement en principe avant le 15 mai 2027

    Pourquoi cette taxe a été créée

    L'idée de départ est simple. Certains contribuables logent dans une société à l'IS des biens qu'ils utilisent en réalité à titre personnel : la résidence secondaire, la voiture de collection, le voilier. Le bien est payé avec des bénéfices taxés à 15 ou 25 % au lieu de dividendes taxés à plus de 30 %, et il échappe en partie à l'IFI. Le législateur a voulu fermer cette porte.

    Le projet initial prévoyait une taxe de 2 % sur une assiette très large. Au fil des débats, le dispositif a été recentré sur une liste fermée d'actifs dits somptuaires, mais le taux a été multiplié par dix pour atteindre 20 %. Le texte a été adopté dans la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 et codifié à l'article 235 ter C du Code général des impôts.

    Ce qu'il faut retenir d'emblée : la taxe ne frappe pas la holding en tant que telle. Elle frappe certains biens détenus par la holding. Une holding qui ne détient que des titres de filiales et de la trésorerie ne paie rien, même si elle dépasse largement 5 M€.

    Les trois conditions pour être concerné

    La taxe ne vise que les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés, de plein droit ou sur option. Les sociétés à l'IR, comme la plupart des SCI familiales, sont hors champ. Pour les autres, trois conditions doivent être réunies en même temps à la clôture de l'exercice.

    1. 1

      Des actifs d'au moins 5 M€

      On additionne la valeur vénale de tous les actifs de la société, pas seulement ceux qui seront taxés. Titres, immeubles, trésorerie, tout compte. Le seuil s'apprécie société par société, sans consolidation du groupe.

    2. 2

      Un contrôle à 50 % par une personne physique

      Une personne physique détient au moins 50 % des droits de vote ou des droits financiers, directement ou en cascade, ou exerce en fait le pouvoir de décision. Les participations du conjoint, du partenaire de PACS, du concubin, des ascendants, des descendants et des frères et sœurs s'additionnent.

    3. 3

      Des revenus passifs majoritaires

      Les revenus passifs représentent plus de 50 % des produits d'exploitation et financiers de l'exercice, hors reprises de provisions et d'amortissements. Sont notamment considérés comme passifs les dividendes, les intérêts, les loyers, les redevances et certains produits de cession.

    Le troisième critère est celui qui fait le tri en pratique. Une holding animatrice qui facture de vraies prestations à ses filiales encaisse des produits d'exploitation qui ne sont pas passifs. Selon le poids respectif des management fees et des dividendes remontés, elle peut sortir du champ. À l'inverse, une holding qui vit uniquement de dividendes et de loyers coche presque toujours la case.

    Les actifs qui entrent dans l'assiette

    Si les trois conditions sont remplies, la taxe porte uniquement sur la valeur vénale, au jour de la clôture, des biens suivants :

    Catégorie d'actifPrécision
    Logements de jouissanceOccupés gratuitement par l'associé ou sa famille, loués sous le prix du marché, ou loués de façon fictive. Résidence principale comme secondaire.
    VéhiculesVéhicules de tourisme et véhicules non affectés à une activité professionnelle.
    Bateaux et aéronefsYachts, bateaux de plaisance, avions et hélicoptères.
    Bijoux et métaux précieuxSauf s'ils sont exposés dans un lieu ouvert au public ou aux salariés (hors bureaux) ou servent à l'exploitation d'un musée.
    ChevauxChevaux de course ou de concours.
    Vins et alcoolsCaves et stocks détenus par la société.
    Chasse et pêcheBiens affectés à l'exercice de la chasse ou de la pêche.

    Pour les logements, le texte permet de déduire certaines dettes : le capital restant dû pour un prêt amortissable classique, un amortissement linéaire théorique pour un prêt in fine. Les dettes contractées auprès de l'associé ou d'une société du groupe sont en principe exclues, sauf à démontrer qu'elles n'ont pas un objectif principalement fiscal.

    Ce qui n'est pas taxé

    Titres et placements

    Participations dans des filiales, actions, obligations, OPCVM, ETF, contrats de capitalisation.

    Trésorerie

    Les liquidités ne figurent pas dans la liste des actifs taxables.

    Immobilier loué au prix du marché

    Un logement loué à un tiers, ou même à l'associé, avec un bail opposable et un loyer normal sort de l'assiette.

    Œuvres d'art

    Les objets d'art, de collection et d'antiquité ont été retirés du texte en décembre 2025.

    Biens affectés à une activité

    La fraction d'un actif réellement utilisée pour une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale est exclue.

    Sociétés à l'IR

    Une SCI ou une société civile non soumise à l'IS n'entre pas dans le champ.

    Exemple chiffré : combien ça coûte vraiment

    Prenons un dirigeant qui a cédé son entreprise il y a quelques années via un apport-cession. Sa holding, détenue à 100 % avec son épouse, clôture au 31 décembre et ne réalise que des revenus financiers et locatifs. Elle détient :

    Portefeuille titres et fonds3 500 000 €Non taxé
    Appartement occupé gratuitement par leur fille1 800 000 €Taxé
    Prêt immobilier sur cet appartement (capital restant dû)- 600 000 €Déductible
    Véhicule utilisé à titre personnel120 000 €Taxé
    Cave à vins80 000 €Taxé
    Trésorerie500 000 €Non taxé

    Les trois conditions sont remplies : 6 M€ d'actifs, contrôle familial à 100 %, revenus exclusivement passifs. L'assiette se calcule ainsi : 1 800 000 € moins 600 000 € de dette pour l'appartement, soit 1 200 000 €, plus 120 000 € pour le véhicule et 80 000 € pour la cave. Total : 1 400 000 €.

    Taxe due au titre de 2026

    280 000 €

    1 400 000 € x 20 %, non déductible de l'IS, et dû chaque année tant que la situation ne change pas

    Le point qui fait mal : cette taxe revient chaque année. Sur cinq ans, cette famille paierait 1,4 M€, soit l'équivalent de la valeur nette de l'appartement. À ce niveau, laisser les choses en l'état n'est pas une option.

    Calendrier : déclaration et paiement

    La taxe s'applique aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Pour une holding française, elle est due par la société et suit les règles de l'IS :

    • une annexe détaillant le calcul de l'assiette est jointe à la déclaration de résultat 2065-SD ;
    • le paiement se fait avec le solde d'IS, sur le relevé 2572-SD ;
    • pour une clôture au 31 décembre 2026, l'échéance est en principe fixée au 15 mai 2027.
    Les actifs sont valorisés au jour de la clôture. Tout ce que vous régularisez avant le 31 décembre 2026 compte pour le premier exercice. Après, il sera trop tard pour cette année.

    Et si la holding est à l'étranger ?

    Le législateur a anticipé la tentation de délocaliser. Lorsque la société est établie hors de France, la taxe peut être réclamée directement à l'associé résident fiscal français qui la contrôle, à proportion de sa participation, via sa déclaration de revenus. Il peut y échapper s'il démontre que l'implantation de la société à l'étranger n'a pas pour but principal de contourner la loi française. Un mécanisme évite par ailleurs la double imposition lorsqu'un impôt comparable a été payé à l'étranger.

    Articulation avec l'IFI

    Les biens immobiliers soumis à la taxe peuvent, sous conditions, ne pas être retenus une seconde fois dans l'assiette de l'IFI de l'associé. Attention toutefois : la coordination entre les deux impôts est partielle et décalée dans le temps. Elle ne neutralise pas totalement le cumul et doit être vérifiée au cas par cas.

    Cinq actions à mener avant le 31 décembre 2026

    1. 1

      Faire un test d'éligibilité

      Valeur totale des actifs, répartition du capital dans la famille, ratio de revenus passifs sur l'exercice 2026. Si une seule condition manque, la taxe ne s'applique pas.

    2. 2

      Dresser l'inventaire des actifs listés

      Repérer chaque bien qui entre dans la liste et le faire valoriser de façon documentée : expertise immobilière, cote du véhicule, inventaire de la cave.

    3. 3

      Régulariser les logements occupés par la famille

      Mettre en place un bail écrit avec un loyer au prix du marché, effectivement payé. Le logement sort alors de l'assiette, mais les loyers deviennent un revenu imposable pour la société.

    4. 4

      Arbitrer la sortie de certains biens

      Céder ou distribuer un actif à l'associé peut être pertinent, mais déclenche une plus-value dans la société et, en cas de distribution, un dividende imposable. Le calcul doit être fait avant de décider.

    5. 5

      Documenter l'usage professionnel

      Pour un véhicule ou un local à usage mixte, seule la fraction non professionnelle est taxée. Encore faut-il pouvoir justifier la part professionnelle avec des éléments concrets.

    Prudence sur les montages d'urgence
    Scinder une holding pour passer sous 5 M€, faire entrer un associé de complaisance pour descendre sous 50 % ou gonfler artificiellement les produits d'exploitation : l'administration dispose de l'abus de droit pour remettre en cause ces opérations, avec une majoration pouvant atteindre 80 %. Une réorganisation doit toujours reposer sur un motif économique réel.

    L'accompagnement JW Partners

    Nous accompagnons au quotidien des holdings de dirigeants et des sociétés patrimoniales. Avant la clôture 2026, nous vous proposons :

    Diagnostic 235 ter C

    Test des trois conditions sur vos comptes et votre table de capitalisation.

    Chiffrage de la taxe

    Assiette, dettes déductibles et coût sur plusieurs exercices.

    Scénarios de régularisation

    Bail au prix du marché, cession, distribution : comparaison du coût de chaque option.

    Déclaration et suivi

    Annexe à la 2065, paiement avec le solde d'IS et suivi annuel de votre situation.

    Certaines questions d'interprétation restent ouvertes, notamment sur le calcul exact du ratio de revenus passifs dans les groupes. Nous suivons les commentaires de l'administration et mettrons cet article à jour dès qu'ils seront précisés.

    Sources

    Les chiffres et règles cités dans cet article proviennent des textes officiels. Vous pouvez les consulter directement :

    Votre holding détient un logement, un véhicule ou un bateau ?

    Faites le point avec un expert-comptable avant le 31 décembre 2026. En un rendez-vous, nous vérifions si vous êtes concerné et ce que la taxe vous coûterait.

    Questions fréquentes sur la taxe holdings

    Dans la grande majorité des cas, non. La taxe ne vise que les sociétés à l'IS qui cumulent trois conditions : au moins 5 M€ d'actifs en valeur vénale, un contrôle à 50 % ou plus par une personne physique et sa famille, et des revenus passifs supérieurs à la moitié des produits. Même dans ce cas, seuls certains actifs bien précis sont taxés : logement mis à disposition de l'associé, voiture personnelle, bateau, bijoux, chevaux, cave. Une holding qui détient des titres et de la trésorerie ne paie rien.
    Une SCI à l'impôt sur le revenu n'entre pas dans le champ de la taxe, qui ne vise que les sociétés soumises à l'IS. Une SCI qui a opté pour l'IS peut en revanche être concernée si elle remplit les trois conditions et si elle met un logement à disposition de son associé gratuitement ou pour un loyer inférieur au prix du marché.
    La taxe s'applique aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Pour une holding qui clôture au 31 décembre, le calcul est joint à la déclaration de résultat 2065 et le paiement intervient avec le solde d'IS, en principe au plus tard le 15 mai 2027. Les actifs sont valorisés au jour de la clôture : c'est donc avant le 31 décembre 2026 qu'il faut agir.
    Non. La taxe n'est pas déductible du résultat imposable à l'IS. Elle doit être réintégrée extra-comptablement, ce qui alourdit encore son coût réel pour la holding.
    Non. Les objets d'art et de collection ont été retirés de l'assiette pendant les débats parlementaires. La trésorerie, les actions, les obligations, les OPCVM, les contrats de capitalisation et l'immobilier loué à des tiers au prix du marché ne font pas partie de la liste des actifs taxables.
    C'est une très mauvaise idée. Le seuil s'apprécie société par société, mais un découpage dont le seul but est d'échapper à la taxe peut être remis en cause sur le terrain de l'abus de droit, avec des pénalités pouvant atteindre 80 %. Toute réorganisation doit reposer sur une vraie justification économique.